Développement : comment passer du cycle en V aux méthodes agiles, le retour d’expérience d’Isagri

Isagri édite des logiciels depuis 36 ans. Son service informatique, composé de 200 personnes, s’est transformé en profondeur en adoptant les méthodes agiles. Michel Roman, directeur développement, nous propose un retour d’expérience sur cette transition entamée en 2018.

Devenir agile : le retour d’expérience d’Isagri. Crédits : MicrovOne / Getty Images.

Un changement porté par les collaborateurs et la direction

L’intérêt des méthodes agiles et des frameworks comme SCRUM est largement admis dans le développement logiciel. Les développeurs sont sensibles à ces méthodes de travail lorsqu’ils cherchent un emploi et les startups qui se lancent les embrassent naturellement. Mais pour une grande entreprise, qui développe des logiciels depuis 35 ans, passer aux méthodes agiles demande du temps, de la pédagogie et des éléments moteurs.

Isagri appliquait auparavant une méthode de production classique, en cycle en V ou waterfall en anglais. Michel Roman en précise le concept et les inconvénients : “les phases sont très sérialisées : analyse fonctionnelle, puis analyse technique, puis phase de développement, puis assurance qualité. L’un des problèmes de cette méthode de développement est que lorsqu’on rencontre un problème à un niveau, on doit remonter à ce niveau-là. Si en phase de développement, on se rend compte qu’un problème est situé au niveau de l’analyse fonctionnelle, on doit tout recommencer et on perd beaucoup de temps. L’autre problème réside dans la nature et le volume de travail embarqué : les développements réalisés en cycle en V ont souvent des échéances très lointaines. La gestion du risque est compliquée. Les méthodes agiles permettent d’être beaucoup plus réactif”.

Plusieurs éléments ont déclenché cette transition vers les méthodes agiles. Des collaborateurs estimaient que le processus de production était vétuste et lourd, laissant trop peu de place aux adaptations au fil de l’eau. “La direction a également joué un rôle, puisque la responsabilisation des collaborateurs fait partie de notre projet d’entreprise à 5 ans. Il est vrai que l’ancien système ne permettait pas de placer la responsabilité au niveau de chaque collaborateur” reconnaît le directeur développement. Enfin, une veille technologique a permis à tous de se rendre compte des avantages indéniables à passer en agilité.

Les facteurs de réussite du passage aux méthodes agiles

Évidemment, on n’impose pas une méthode de travail et on ne change pas tout un système utilisé par plus de 200 personnes en 15 jours. Pour commencer, il était primordial de trouver l’équipe ou le produit le mieux adapté pour “lancer une expérimentation des transformations agiles”. Le choix s’est porté sur la ligne de produits de gestion commerciale, qui est passée aux méthodes agiles sur l’exercice 2018-2019. “Le plébiscite pour ces méthodes fut sans appel, nous avons donc décidé d’étendre la transformation à deux autres lignes de produits cette année – elles représentent 60% de nos effectifs techniques”.

Le passage aux méthodes agiles n’est pas à prendre à la légère. On change de paradigme, les salariés peuvent résister. L’impact d’un tel changement de méthodologie nécessite des explications, des échanges et un accompagnement. “Nous avons été accompagnés par une société de conseil. Le processus de production de cette ligne de produits n’était pas parfait, mais il existait depuis une dizaine d’années chez Isagri. Les gens y étaient habitués. Nous étions conscients de la probabilité d’une résistance au changement. Nous avions identifié un autre frein : la méconnaissance de ce que c’est, concrètement, de travailler avec les méthodes agiles. Cela concerne tous les métiers, des chefs de produits aux développeurs en passant par les équipes d’assurance qualité, notamment parce que de nombreuses recrues sont peu expérimentées lorsqu’elles nous rejoignent”.

L’accompagnement par un “coach agile” apparaît comme un élément important pour réussir sa transition. “Cette personne a fait un travail remarquable : il y a eu de la formation, de l’accompagnement, des jeux pour faire comprendre l’intérêt de l’agilité. Ce n’était pas un cours théorique : c’était une preuve, par des exemples et de l’expérimentation, de ce que voulait dire l’agilité”. Si on parle de coach, c’est parce qu’il n’est pas là pour contraindre, il est là pour co-construire une façon de travailler avec les équipes. Tous les collaborateurs ont été embarqués dans une grande réflexion sur la façon de s’organiser : “tout le monde a été acteur de cette transformation”. Pour que ce processus réussisse, il faut s’appuyer sur des éléments moteurs et ne pas forcer les personnes qui, parce qu’elles sont méfiantes ou dans l’attente, ont besoin de davantage de temps ou de preuves pour embrasser les méthodes agiles.

Autre élément important : la confiance de la direction, du PDG aux chefs de service. Il est impératif que ce processus soit soutenu au plus haut niveau et que les problématiques habituelles de délais, de coûts, de périmètres soient les plus adoucies possibles. Ce processus demande du temps, mais il est nécessaire de se transformer pour rester compétitif et proposer à ses salariés un environnement de travail épanouissant.

L’impact des méthodes agiles sur le quotidien des salariés

Isagri a opté pour le framework SCRUM pour le développement de ses produits. Les salariés de l’entreprise apprécient les changements apportés par ce changement de méthodologie : “on s’oriente vers une méthode de développement plus moderne, les collaborateurs se sentent mieux valorisés. Cela nous a également permis de casser les silos en interne : avant, les chefs de produits réalisaient des analyses fonctionnelles, les développeurs produisaient du code, l’assurance qualité testait le produit. L’agilité a remis en cause toute l’organisation : les équipes sont désormais pluridisciplinaires, avec un chef de produit (product owner), des développeurs et des testeurs. Cette nouvelle collaboration, cette nouvelle communication nous a permis de solutionner immédiatement des problèmes causés par les silos du cycle en V. Le transfert de la responsabilité au niveau de chaque collaborateur est essentiel : les membres font des choix qui engagent toute leur équipe.”

Ce passage aux méthodes agiles améliore fortement l’attractivité d’Isagri en tant qu’employeur. Les candidats peuvent apprécier cette capacité qu’a eu l’entreprise à remettre en cause ses méthodes malgré son ancienneté – 36 ans dans l’édition de logiciels. “Nous développons des progiciels, leur durée de vie est très longue, il est important pour nous d’attirer les talents et de pouvoir les conserver. Cela se traduit notamment par des évolutions de méthodes, d’outils, de technologies, pour recruter et challenger nos collaborateurs régulièrement sur de nouvelles connaissances”.

Isagri recrute sur tous les métiers du développement logiciel, du développeur au chef de produit, principalement à Beauvais mais également à Nantes et Villeneuve-d’Ascq.

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